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Santé mentale des jeunes : une urgence confirmée, une responsabilité collective à concrétiser

La santé mentale des enfants, des adolescents et des jeunes adultes s’impose aujourd’hui comme un enjeu majeur de santé publique et de cohésion sociale. Sur le terrain, les professionnels des secteurs de la santé, du social et de l’éducation observent une dégradation préoccupante du bien-être des jeunes.

Ces observations, portées notamment par le Conseil de Prévention de l’Aide à la Jeunesse de Mons, sont désormais largement confirmées par les données scientifiques et institutionnelles, ainsi que par le rapport annuel « Des maux aux mots » du Délégué général aux droits de l’enfant. Cette convergence entre terrain, recherche et institutions renforce un constat sans équivoque : la santé mentale des jeunes constitue une urgence silencieuse qui appelle une réponse immédiate, globale et coordonnée.

Une dégradation objectivée et largement partagée
Les données disponibles dressent un tableau particulièrement préoccupant :

  • 16,3 % des jeunes de 10 à 19 ans présentent un trouble psychique avéré ;
  • 37 % des 12 à 18 ans déclarent des difficultés psychologiques ;
  • 10 % des jeunes concernés feront une tentative de suicide ou se feront du mal ;
  • Plus d’un tiers des élèves présentent un risque de dépression ou un faible bien-être

Graphique issue du rapport du CRéSaM

De plus, le rapport « Des maux aux mots » souligne que les indicateurs du mal-être sont globalement au rouge, avec une progression du stress, de l’anxiété et des idées suicidaires. Les analyses du CRéSaM confirment, quant à elles, une dégradation du bien-être des jeunes en Wallonie et à Bruxelles, en s’appuyant sur plusieurs enquêtes nationales et internationales. Ensemble, ces éléments montrent que l’on ne se situe plus dans une perception sectorielle ou subjective, mais bien face à une réalité structurelle, objectivée et largement documentée.

Une problématique complexe, ancrée dans les conditions de vie
Les trois sources convergent vers une lecture systémique de la santé mentale. Celle-ci ne peut être réduite à une approche strictement clinique, mais doit être comprise comme le résultat d’interactions multiples entre les individus et leurs environnements.

Les professionnels de terrain mettent en avant des facteurs tels que la pression scolaire, l’isolement social, les usages numériques intensifs ou encore la précarité. À ces éléments s’ajoutent, comme le souligne le CRéSaM, des déterminants de santé plus concrets, tels que le manque de sommeil, une activité physique insuffisante ou encore des difficultés d’accès à une alimentation équilibrée. Le rapport du Délégué général aux droits de l’enfant insiste également sur l’impact des conditions de vie, notamment la précarité, les discriminations et l’insécurité face à l’avenir.

La santé mentale apparaît ainsi comme le produit d’un ensemble de contextes — familiaux, scolaires, sociaux, économiques et numériques — qui peuvent soit soutenir, soit fragiliser les trajectoires des jeunes.

Des inégalités fortes et des jeunes encore invisibles
Les constats convergent également pour souligner l’existence d’inégalités marquées. Tous les jeunes ne sont pas exposés de la même manière aux risques en matière de santé mentale. Ceux vivant en situation de précarité, en milieu rural, ou encore appartenant à des minorités, notamment les jeunes LGBTQIA+, apparaissent particulièrement vulnérables. Les jeunes suivis par l’aide à la jeunesse ou en rupture de parcours cumulent également plusieurs facteurs de risque.

Le CRéSaM attire en outre l’attention sur un enjeu majeur : certains jeunes restent largement invisibles dans les données disponibles, notamment ceux qui sont les plus éloignés des institutions ou en situation de grande marginalité. Cette invisibilisation limite la compréhension des besoins réels et complique l’élaboration de réponses adaptées.

Une double difficulté : agir… et comprendre
Les difficultés rencontrées aujourd’hui relèvent à la fois du fonctionnement des services et de l’organisation globale du système.

Sur le terrain, les professionnels font état de délais d’attente importants pour accéder aux soins, d’une saturation des services, de ruptures fréquentes dans les parcours — notamment lors du passage à l’âge adulte — ainsi que d’un cloisonnement persistant entre les différents secteurs. Ces difficultés entravent la continuité et la qualité de l’accompagnement.

À un niveau plus structurel, les analyses du CRéSaM mettent en évidence un manque de coordination dans les systèmes d’information, des données encore fragmentées et une difficulté à suivre les parcours des jeunes de manière globale. Ainsi, le système apparaît à la fois sous tension dans ses capacités d’action et limité dans sa capacité à produire une vision d’ensemble.

La parole des jeunes : un levier encore sous-exploité
Le rapport « Des maux aux mots » apporte un éclairage essentiel en mettant au centre la parole des jeunes eux-mêmes. Ceux-ci expriment des attentes claires : être écoutés sans jugement, pouvoir accéder rapidement à une aide psychologique, être protégés face au harcèlement et disposer d’espaces d’expression.

Ils soulignent également l’importance de pouvoir participer aux décisions qui les concernent. Ce message rappelle que les politiques publiques gagnent en pertinence lorsqu’elles intègrent l’expérience vécue des jeunes. À l’inverse, des dispositifs conçus sans leur participation risquent de manquer leur cible.

Des leviers d’action connus… mais encore insuffisamment activés
Les recommandations formulées par le Conseil de Prévention de Mons s’inscrivent pleinement dans les constats partagés par le CRéSaM et le Délégué général aux droits de l’enfant. Elles dessinent des axes d’action clairs, qui reposent sur une approche globale et coordonnée.

Il apparaît d’abord essentiel de renforcer la prévention, en particulier dans le milieu scolaire, en formant les professionnels à la détection des signaux de détresse, en développant des espaces de parole et en luttant activement contre le harcèlement. Le soutien aux familles constitue également un levier central, notamment à travers des dispositifs d’accompagnement accessibles et adaptés aux réalités sociales.

L’amélioration de l’accès aux soins reste une priorité, impliquant une réduction des délais d’attente, un renforcement des dispositifs de première ligne et le développement de réponses adaptées aux situations de crise. Par ailleurs, le décloisonnement des secteurs apparaît comme une condition indispensable à une prise en charge cohérente, même si sa mise en œuvre concrète reste un défi important.

Enfin, la construction d’une stratégie globale et durable est nécessaire. Celle-ci suppose de définir des objectifs clairs, de mettre en place des outils de suivi et d’évaluation, et d’assurer une participation effective des jeunes dans l’élaboration des politiques.

Vers un changement de paradigme
Le croisement de ces trois sources met en évidence la nécessité d’un changement de regard. La santé mentale des jeunes ne peut plus être envisagée uniquement sous l’angle du soin ou de la prise en charge individuelle. Elle doit être pensée comme une responsabilité collective, impliquant l’ensemble des acteurs et des politiques publiques.

Cela implique d’agir sur les conditions de vie, de renforcer les environnements de soutien, d’améliorer la production de connaissances et de reconnaître pleinement les jeunes comme acteurs de leur propre santé mentale.

Conclusion : de la convergence des constats à l’obligation d’agir
La force de ces analyses réside dans leur convergence. Les professionnels décrivent une réalité préoccupante, la recherche la confirme et l’analyse, et les institutions y ajoutent la voix des jeunes ainsi qu’une approche fondée sur les droits.

Cette convergence ne laisse plus de place au doute : les constats sont posés, les leviers d’action sont identifiés. Il s’agit désormais de les activer de manière coordonnée et ambitieuse.

Agir aujourd’hui, c’est investir dans la prévention, soutenir les familles, renforcer les dispositifs d’accompagnement, décloisonner les systèmes et garantir un accès équitable aux soins. C’est aussi, et surtout, reconnaître chaque jeune en souffrance comme un signal collectif appelant une réponse à la hauteur des enjeux.

Pour aller plus loin
Interpellation complète et ressources : https://gallilex.cfwb.be/sites/default/files/imports/45031_015.pdf
Rapport annuel 2024-2025 du Délégué général: ra-dgde_24-25_bd.pdf
Les chiffre de la santé mentale des enfants et des adolescents en Wallonie et à Bruxelles: 2026-01-13_sante-mentale-des-jeunes-en-wallonie-et-a-bruxelles-1.pdf

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